
SMM | BODYBAG ET EVE GRAVEL
La semaine de la mode à Montréal m'a dangereusement habituée à une routine imposée de de coktails successifs accompagnés de flânage dans une salle bondée de flash et de gens chics, enveloppés d'une musique dansante, et entremêlés de défilés pâmants... Difficile la vie des fois...
Cela dit, le deuxième jour de la SMM s'est avéré pour moi doublement riche en émotions, étant donné mes coups de foudre consécutifs pour les collections automne-hiver 2010-2011 de Bodybag by jude et de JUDE ainsi que pour celle d'Eve Gravel paradées en clôture des événements du 2 mars.
Parlons d'abord de Bodybag et JUDE. Deux collections d'une même designer: Judith Desjardins. L'une plus terre à terre; l'autre d'avantage extravagante. Au cours du défilé, les deux collections s'entremêlent judicieusement, nous conviant à une enfilade de tenues aux inspirations rétros ainsi qu'à des morceaux ornementés de façon ultra inventive...

Le défilé s'ouvre sur deux mannequins coiffées d'un chignon parfaitement lissé. Chacune porte une combinaison dont le haut est constitué d'un chemisier de soie drapé, et dont le bas ne tiens qu'à une petite culotte de dentelle assortie. La demoiselle de gauche la porte en gris, celle de droite, en crème. Je suis déjà conquise. S'en suit une succession de vêtements genre écolière. D'abord un jumpsuit à carreaux vert forêt à la jambe bouffante style équestre. Puis une jupe tailleur. Une petite robe en laine à manches courtes et à l'encolure carrée. Et cetera.
Du défilé de Judith Desjardins émane un esprit féminin assumé, des lignes droites et sophistiquées qui suggèrent la séduction. La première moitié de sa collection est tempérée de vestons aux épaules volumineuses (parfois même très pointues). On voit également un usage particulier de la frange de corde style "cowboy" qu'elle agence judicieusement sur les plis d'une jupe , glisse sur une épaule, ou qu'elle juxtapose à un trou béant dans le dos d'une robe (sexy!).

Avant d'enchaîner avec la deuxième partie de son défilé, la designer propose à la foule une pensée pour le défunt Alexander McQueen. Applaudissements retentissants. Tout de suite après ce petit moment de grâce, elle repart en force; parade devant nous un longue robe seyante dont le devant du bustier est garni de gigantesques plumes. Une pièce maîtresse qui ouvre le bal pour le plus beau de sa collection. Dans cette seconde moitié, les dentelles, les robes diaphanes aux coupes babydoll, les tissus couleur chair, les plissés en accordéon et les gris poudrés me rappellent immédiatement la mode boudoir. Je suis séduite! J'en veux un de chaque!
Avec Bodybag by Jude et JUDE, Judith Desjardins nous donne droit à un voyage dans le temps, un retour aux coupes classiques des années 50 et une revisite de la femme dans la quintessence de sa féminité et de son chic. Une collection pleine d'audace et surtout empreinte de charme. Définitivement à surveiller lors de sa sortie en magasin!
Ève Gravel est connue parmi la faune culturelle underground montréalaise comme étant la chouchou des musiciens. C'est elle qui exécute entre autre le stylisme du groupe BEAST et qui fourni les gars de KARKWA en stock de chemises. Toutefois, son oeuvre ne s'arrête pas là. Sa ligne de vêtements éponyme prend, saison après saison, d'avantage de confiance. Et sa collection automne-hiver 2010-2011 s'inscrit tout à fait dans cette lignée.

À la base, les vêtements d'Ève Gravel pour la prochaine saison froide nous ramènent dans les années 40 et 80. D'un côté, on explore l'élégance et la sensualité des années 40; de l'autre, on nage en pleine folie eighties. Ça a pour résultat de nous convier à un mélange éclectique des genres qui offre, tantôt un style sexy-rock, tantôt un look femme fatale et glamour.
Dans sa collection, Ève Gravel exploite beaucoup les contrastes. D'abord celui du noir et du blanc, en faisant cohabiter, à maintes reprises, les deux tons sur des tissus à pois ou à rayures. Elle s'amuse également avec les dentelles et les tissus transparents qu'elle agence à des matières brutes comme le coton et la soie. D'autre part, elle explore les genres et n'hésite pas à faire porter un cardigan bon chic bon genre avec une mini à paillette. Du même écho, ses mannequins revêtent à la fois un petit bérêt français tout mignon et des gants de cuirs à la Michael Jackson.

Dans une thématique très versatile et "mix-and-match", le défilé d'Ève Gravel nous a démontré le talent de la designer pour traduire ses inspirations dans une collection unique, à l'identité forte et à la portée de tous. Avec de nombreuses pièces qui se retrouveront assurément dans les garde-robes des plus hipsters d'entre nous (legging à paillette, oui, c'est de toi que je parle), les autres trouveront preneurs chez les plus conservateurs qui souhaitent tout de même se démarquer; la petite robe noire à poches kangourou par exemple.
De mon côté, j'ai eu un coup de coeur pour son idée stylisme d'utiliser le porte-jarretelle comme ceinture! Accessoire de dentelle venant ingénieusement cintrer un haut nonchalamment lousse, tenez-le vous pour dit: ce sous-vêtement se porte bien à la vue de tous et à des fins jusque là non envisagées!
En bref, une collection rafraîchissante et totalement décomplexée que celle d'Ève Gravel... ça promet!
Rédacteur: Jeanne Charlebois
Photographe: Philippe Lamothe
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