
ACNE, comme un roman
Outre par l’amusant penchant allitératif de son nom, Jonny Johansson se démarque dès 1996 en tant qu’un des quatre instigateurs de l’aventure ACNE. Derrière cet acronyme peu flatteur se dissimule en fait le leitmotiv de l’entreprise : Ambition to Create Novel Expressions. Considérée comme une pionnière de cette vague scandinave ô combien inspirée, la maison propose en 1997 une première collection de jeans unisexe qui donnera le ton à ses lignes futures.
Un néophyte associera à tort ACNE aux True Religion et Rock & Republic de ce monde. Hors, Johansson, aujourd’hui directeur artistique, avoue préférer le jeans minimaliste et plutôt propre, alliant style à fonctionnalité. Qui plus est, contrairement à ces entreprises américaines, la maison suédoise a su esquiver l’essoufflement de la tendance du denim haut de gamme en débordant stratégiquement des bornes frontalières dudit marché dès 1998.
Collections après collections, les vêtements ACNE se distinguent par un chic urbain et portable, collant parfaitement à l’ère du temps. Il n’en fallait pas plus pour attirer l’attention d’Alber Elbaz, à qui l’on doit la cure de rajeunissement de la vénérable maison de haute couture Lanvin. Nul besoin de mentionner que c’est avec des attentes élevées que j’ai surveillé la première collaboration des deux titans au printemps 2009. Le résultat a cependant déclenché chez moi une déception relative. Certes, on reconnaît d’emblée la joliesse des coupes lanviniennes et le denim de qualité d’ACNE. Cependant, à quelque 665 dollars la paire de jeans, on y pense à deux fois plutôt qu’une avant de délier les cordons de la bourse.
À travers le succès commercial que connaît ACNE aujourd’hui transparaît une intégrité résolument indie. Refusant de suivre les conventions, Johansson tient à faire les choses à sa manière. Le prêt-à-porter ACNE appartient en fait à une grande famille qui déploie ses tentacules dans les domaines de la photo, de la publicité et du cinéma pour n’en nommer que quelques-unes. Ainsi, ACNE brille par son absence des magazines et des panneaux publicitaires, choisissant de faire campagne exclusivement par l’entremise de son magazine ACNE Paper.
Bref, je ne peux que jalouser ces Scandinaves, qui semblent l’avoir, le tour. Mais en attendant le prochain spectacle de Lykke Li, la rediffusion des Moomins à la télé ou l’importation de l’État-providence social-démocrate au Québec, je peux toujours me consoler avec ACNE en fredonnant l’épique Final Countdown.
Rédacteur: Elizabeth Chrun
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Belle référence aux Moomins!